L’Iton, un cours d’eau à double façette

Affluent majeur de l’Eure, l’Iton est une rivière normande qui prend sa source dans les collines du Perche, dans le département de l’Orne, et parcourt 132 km avant de confluer avec l’Eure, à proximité de la commune d’Acquigny.

Jouant un rôle essentiel dans les écosystèmes aquatiques de son bassin versant, l’Iton se caractérise par deux contextes piscicoles bien distincts, chacun présentant des caractéristiques écologiques spécifiques :

L’Iton aval : un milieu favorable aux salmonidés, peu perturbé

Classé en 1e catégorie piscicole, l’Iton aval offre un habitat particulièrement propice au développement des salmonidés, notamment la truite fario (Salmo trutta fario). Son bon état écologique avéré se traduit par des débits soutenus, malgré quelques phénomènes de décrochage de nappes, des faciès d’écoulement diversifiés, une eau bien oxygénée ainsi que la présence d’un substrat grossier (graviers). Des habitats naturels qui favorisent le développement d’habitats naturels adaptés aux espèces d’eau vive.

Bien que certains facteurs limitants, tels que le cloisonnement du cours d’eau et des pertes karstiques, puissent impacter son fonctionnement, les inventaires piscicoles menés révèlent un peuplement piscicole de bonne qualité, attesté par un Indice Poisson Rivière élevé.

Le Haut Iton : un contexte à vocation intermédiaire et très perturbée

Le Haut Iton se distingue par une géologie particulière. Sa partie amont est composée de roches imperméables et présente une pente marquée, tandis que son aval, caractérisé par des réseaux karstiques et une pente plus douce, connaît d’importantes pertes d’eau. En effet, le lit du cours d’eau est situé au-dessus de la nappe phréatique, entraînant la disparition du débit dans des bétoires, notamment en période d’étiage. Durant ces périodes, cette zone, appelée « Sec Iton », se retrouve à sec sur une longueur de 8 km. Ce phénomène, qui donne naissance à une section intermittente appelée « Sec Iton », assèche la rivière sur près de 8 km. Associé à des résurgences limitées et à des perturbations thermiques et hydrologiques, il fragilise l’équilibre biologique du cours d’eau. Par ailleurs, l’artificialisation des sols et les pollutions agricoles accentuent la dégradation du peuplement piscicole, déjà fortement impacté par ces conditions hydrologiques instables.

Contexte du projet

Comme de nombreuses rivières normandes, l’Iton a été exploité pendant longtemps pour sa force hydraulique, notamment à des fins agricoles. Les nombreux ouvrages hydrauliques (seuils, barrages) encore visibles dans la vallée, ainsi que les prés-baignants, témoignent de cette pratique ancienne destinée à faciliter l’irrigation des parcelles agricoles et à améliorer la fertilisation du sol.

Cependant, ce patrimoine historique perturbe profondément la continuité écologique du cours d’eau, en empêchant ou en restreignant la libre circulation des poissons et des sédiments. La restauration de cette continuité écologique est donc essentielle pour améliorer la biodiversité et la qualité des habitats aquatiques.

Dans cette perspective, un ouvrage hydraulique (ROE24608), situé juste en aval de la confluence avec l’Iton et le Rouloir, a fait l’objet de travaux de restauration. Cet ouvrage, localisé sur l’Iton au cœur d’un parcours de pêche de 1,3 km géré par l’AAPPMA de la Truite de l’Iton, n’était plus entretenu ni manipulé, représentant ainsi un obstacle majeur dans le lit du cours d’eau.

Il générait de nombreux dysfonctionnements, tant physiques qu’écologiques :

● Des débordements incontrôlés

    ● une infranchissabilité temporaire par les poissons

    ● une érosion prononcée des berges, provoquant l’apparition d’une brèche à proximité de l’ouvrage

    Un autre ouvrage, un seuil de fond non référencé dans le ROE (Référentiel des obstacles à l’écoulement), était également présent sur le secteur. Néanmoins, il était totalement franchissable par les poissons et son impact sur le fonctionnement du cours d’eau était minime.

    Face à ces différents constats, la Fédération de l’Eure pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique a décidé de lancer en 2022 un projet de restauration de la continuité écologique sur ce tronçon, avec pour objectif le dérasement de l’ouvrage.


    Ouvrage hydraulique ROE24608 présent sur le site


    Zone du site située en amont de l’ouvrage hydraulique avant le début des travaux

    Déroulement du projet

    La Fédération de l’Eure pour la Pêche et la Protection du Milieu aquatique a pris en charge la réalisation de l’étude préalable ainsi que la concertation avec les propriétaires et les acteurs concernés, dans le cadre de la définition du projet. Un diagnostic et des levés topographiques ont été réalisés sur le site afin de déterminer les actions nécessaires à l’amélioration de la qualité écologique au niveau de ce secteur.

    Ce projet d’effacement d’ouvrage s’inscrivait dans une initiative de restauration écologique complète de l’Iton sur 700 m de linéaire. Cette initiative intégrait différents volets de restauration : restauration de la continuité écologique (RCE), retrait de merlons de curage, amélioration de la zone d’expansion des crues, restauration de la ripisylve…

    À travers l’étude menée par la Fédération de pêche et avec l’accord des propriétaires et de l’AAPPMA locale, les travaux réalisés d’octobre à novembre 2022 sur ce site ont été les suivants :

    1) La suppression totale de l’ouvrage avec le comblement de la fosse

    Cette action a permis de restaurer totalement la continuité écologique au niveau de l’ouvrage et de rétablir l’écoulement naturel du cours d’eau.

    2) 🌱 La reprise des berges (60 ml)

    La surlargeur de la brèche a été corrigée par la récupération des matériaux issus de la démolition de l’ouvrage, permettant ainsi de redonner un profil plus naturel au cours d’eau.

    3) 🚧 L’effacement du seuil de fond par dérasement

    Le seuil de fond en enrochement, situé en amont, a été effacé par dérasement afin de supprimer son effet de « retenue » sur 70 mètres et de diversifier les faciès d’écoulement.

    4) 🌿 La restauration de la ripisylve

    Les travaux sur les ouvrages ont nécessité l’entretien de la ripisylve lorsque celle-ci était trop dense. De nouvelles essences d’arbres et d’arbustes ont ensuite été plantés.

    5) 🌊 Le reprofilage d’un merlon (170 ml)

    Au niveau des ouvrages, un merlon a été aménagé en rive droite pour contrôler les débordements du cours d’eau. Reprofilé à partir des matériaux de reprise de berge, il permet de restaurer l’écoulement « naturel » lors des périodes de crue.

    6) 🚶‍♂️ La pose d’une passerelle piétonne

    Autrefois, l’ouvrage hydraulique permettait à l’agriculteur présent sur le site de traverser le lit du cours d’eau et d’accéder à ses parcelles agricoles.

    La pose d’une passerelle piétonne a permis de restaurer ce passage et de faciliter l’accès aux pêcheurs.

    Résultats

    Les travaux entrepris ont permis de restaurer complètement la continuité écologique et de redynamiser les écoulements sur les sections influencées par l’ancien ouvrage hydraulique. Ce secteur proposant des conditions de vie propices au cycle de reproduction des salmonidés, ce projet a eu une incidence positive sur la biodiversité aquatique, notamment en favorisant le développement des populations de truites fario et d’autres espèces piscicoles.

    La restauration des berges et de la ripisylve a permis de rétablir des habitats diversifiés, contribuant ainsi à l’amélioration de la qualité des milieux aquatiques et à la régénération de la faune et de la flore locales.

    L’effacement des deux ouvrages, la reprise des berges et la reprise du merlon ont restauré la dynamique fluviale du cours d’eau. La suppression de l’effet de « retenue » des ouvrages a redynamisé les faciès d’écoulement et rouvert l’accès à des zones potentielles de reproduction pour les espèces piscicoles. La dynamique hydrologique et sédimentaire est désormais restaurée, permettant au cours d’eau d’évoluer librement sans contrainte.

    Enfin, la pose de la passerelle piétonne et l’entretien de la ripisylve valorisent la pêche de loisir en facilitant l’accessibilité aux rives du cours d’eau.


    Zone du site située à proximité de l’ouvrage hydraulique

    Avant travauxAvant travaux
    Avant travauxAvant travaux


    Zone du site située en amont de l’ouvrage hydraulique


    Zone du site située à proximité de la passerelle piétonne

    Avant travauxAvant travaux

    Suivi post-travaux

    La Fédération de pêche de l’Eure a mis en œuvre un suivi avant et après la réalisation des travaux. Les protocoles réalisés ont consisté en :

    La réalisation d’un profil en long, démontrant la suppression totale de l’ouvrage et des chutes résiduelles, le comblement de la fosse de dissipation, ainsi que le rééquilibrage de la ligne d’eau.

    La réalisation de profils en travers illustrant le reprofilage des berges et la suppression du merlon. Les nouvelles sections sont plus naturelles et cohérentes avec le reste du cours d’eau.

    La réalisation d’une cartographie des faciès d’écoulement (selon la typologie de Malavoi) a permis de mettre en valeur la redynamisation des écoulements.

    L’action en vidéo

    Le coût total du projet (hors option de la passerelle piétonne) s’élève à 39 696 €. Il a été financé à 90 % par l’Agence de l’Eau Seine Normandie, à 6 % par la Fédération Nationale de la Pêche en France et à 4 % par la Fédération de l’Eure pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique.

    La passerelle piétonne, quant à elle, a été financée à 50 % par la Fédération Nationale de la Pêche en France, à 25 % par la Fédération de l’Eure pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique et à 25 % par l’AAPPMA  » La Truite de l’Iton « .